Assises régionales sur l'Internet à Savenay
ASSISES RÉGIONALES
Les TIC au service des citoyens
COMPTE-RENDU DE LA RÉUNION PUBLIQUE DE SAVENAY
jeudi 21 avril 2005
Pour la première soirée des Assises Régionales dans le département de Loire Atlantique, Savenay a été choisi pour accueillir cette réunion sur les TIC (Technologies de la Communication et de l’Information).
Dans sa forme, la multiplication des intervenants de la table ronde - pour des exposés de 10 minutes, qui tournaient facilement au quart d’heure - sur des sujets intéressants certes, mais parfois ciblés, retirait autant de temps au débat général dans une salle un peu clairsemée, mais réactive. Chaque exposé canalisait le débat sur des aspects souvent très généraux, voire marginaux, dans un modèle de débat un peu trop talk-show pour être très propice à l’approfondissement des questions soulevées.
Dans son contenu, la soirée a ainsi constamment hésité entre deux problématiques possibles sur le sujet, en fait complémentaires : d’une part, une préoccupation technique de généralisation de l’accès, notamment par le haut débit, et, d’autre part, une logique de facilitation sociale de l’utilisation des TIC via l’internet.
Pourtant, dès l’introduction, le présentateur suscite quelque inquiétude en disant que, ce soir, « le développement de l’internet, à travers le haut débit, n’est pas le fond du problème », mais qu’il s’agit plutôt ici « des usages qu’on en fait, notamment dans le milieu éducatif et à travers les cybercentres ».
J-C Le Gall, président de Loire et Sillon, dans un très bref mot d’accueil, évoque la « démocratie participative ». Elle est affirmée aussitôt par Gilles Bontemps, en tant que vice-président du conseil régional. Celui-ci indique que cette réunion inscrite dans les Assises Régionales, manifeste « d’autres choix », pour « une autre façon de gérer la Région », qui soit « alternative au clientélisme, afin de mieux répondre aux réels besoins », dans une « démarche volontaire de démocratie participative ».
Romain Langlet, élu régional en charge du dossier, présente un vidéo-diaporama sur le contexte et les moyens que le conseil régional prend en considération sur ce dossier des TIC. Il s’agit « de positionner le citoyen, en tant qu’agent économique, comme usager des services publics, et/ou acteur social ». Visant à « développer un territoire numérique leader ( ?) », le « sujet transversal » des TIC s’inscrit dans un triptyque : « l’initiative associative et citoyenne ; l’équité d’accès ; le travail en réseau ». En tant qu’acteur social, l’internaute agit « dans le milieu éducatif ; par les services en ligne et dans son intervention citoyenne ».
Clotilde Le Mauguen, chargée de mission TIC à la Région, présente les données de l’Etude Syn@pse sur « Les usages des TIC par les citoyens ligériens ». Elle confirme :
des taux d’équipement élevés : 71% des foyers possèdent au moins un téléphone mobile, 54% sont équipés d’un ordinateur à leur domicile et 35% sont connectés à Internet (dont 10% en haut débit). Ces taux d’équipement connaissent une progression soutenue depuis février 2003 : +5% en téléphones mobiles, +7% en ordinateurs et +7% en connexions internet. C’est dans le domaine des connexions haut débit que le bon est le plus spectaculaire : elles ont plus que doublé en un an, passant de 4% à 10%.
La région Pays de la Loire se situe nettement au-dessus des taux d’équipements observés sur l’ensemble de la France : + 2% en téléphones mobiles, + 11% en ordinateurs, +7% en connexions Internet et +2% en matière de haut débit.
Les usages progressent en même temps que les équipements : un ligérien sur deux (48%) est internaute, et la proportion d’utilisateurs quotidiens d’Internet progresse de 8% en 2004.
Les usages les plus fréquents d’Internet sont le courrier électronique (77%), la recherche d’information professionnelles (72%), culturelles (68%) ou de loisirs (63%).
L’observation des usages met en évidence des types et des fréquences d’usages différenciés en fonction de l’âge.
L’achat en ligne prend son essor et concerne aujourd’hui 26% des internautes, mais c’est surtout l’intensité de leurs achats qui progresse : 60% achètent des produits au moins une fois par trimestre.
Les résultats de cette étude confirment par ailleurs de fortes attentes en termes de services pratiques et fonctionnels sur Internet : 41% de la population ligérienne aimerait avoir la possibilité de réserver des places de spectacle et 36% souhaiterait avoir accès aux documents administratifs en ligne.

Yannick Cheneau, adjoint au maire de Savenay, évoque les failles de la desserte en haut-débit, particulièrement dans le territoire de Loire et Sillon, dont la correction est un préalable indispensable avant toute généralisation des usages des TIC. Alain Gérardin, chef d’entreprise du MEITO (cellule haut débit), rappelle l’évolution de la législation avec la récente loi LEN (Loi sur l’Economie Numérique) visant à compenser les insuffisances de cette couverture par l’initiative des collectivités territoriales qui peuvent désormais jouer un rôle d’opérateurs haut-débit.
J-Yves Martin (AIDSL Savenay) souligne que la « fracture numérique » est avant tout « territoriale et sociale ». Les « taux de couvertures mirobolants annoncés par France Télécom ne correspondent pas à la réalité, et en Loire et Sillon, en tout ou en partie, 50 % des territoires communaux ne sont toujours pas couverts ». Il rappelle l’initiative citoyenne de pétition initiée à Savenay pour obtenir le déploiement du haut débit par France Télécom. La fracture sociale est, quant à elle, « très mesurable en milieu scolaire, où une proportion non négligeable des élèves de lycée - en charge des Régions - n’ont pas accès à l’internet chez eux et sont loin de maîtriser, tous, les pratiques de base de l’internet ».
Alain Peny, maire de Besné, souligne que la fracture numérique est aussi économique et pénalise lourdement les communes non desservies par le haut débit. Il décrit les ateliers de formation à l’internet en cours dans sa commune, et évoque son refus d’y organiser le prochain référendum sur le Traité constitutionnel européen tant que France-télécom n’y aura pas installé le haut-débit.

Bernard Barritault, chargé de mission, présente le réseau régional des Cybercentres. Ils ne reposent pas essentiellement, dit-il, sur « un modèle économique », mais plutôt sur « une logique de service public de réduction de la fracture » numérique. S’appuyant sur « des animateurs chargés du suivi de la demande », et « sont à la fois des laboratoires et des lieux d’événements réguliers ». Une responsable TIC de la Roche sur Yon, parle de l’expérience du cybercentre vendéen, situé en ZEP.
Elle décrit les initiatives prises à l’occasion de la récente Fête de l’internet en Vendée, qui ont exprimé trois préoccupations majeures des néo-internautes : "les démarches administratives en ligne ; le souci de sécurité pour les achats commerciaux en ligne ; les droits et limites pour les téléchargements". Elle évoque aussi l’utilisation de la solution alternative WIMAX d’accès au très haut débit adoptée dans le département de Vendée, avec un coût usager de 45 € /mois pour un flux d’un Mégaoctet.
Alain Busson, professeur à HEC, tire finalement du débat les enseignements suivants :
Le rôle majeur des Régions françaises, quant aux TIC, entre celui des Länder allemands, plus avancés, et les Provinces espagnoles ou italiennes, en retrait ;
En France, la "Région" est encore jeune, elle doit s’affirmer, notamment sur ces questions ;
Le problème de la sécurité des informations numérisées, qu’elles soient personnelles ou d’entreprises, lui paraît également essentiel.